18/02/2004

Ah oui, au fait, je me souviens...

A l'époque, j'avais un contrat sympa : un trimestriel pour un Ministère, plein de photos, genre magazine de relations publiques. C'était un peu mon bébé : j'avais participé à sa naissance et l'avais vu grandir.
Puis un jour, un Ministre est allé visiter une imprimerie. Ces gars n'en pouvaient plus de dépenser les subsides et autres aides publiques; exsangues, il leur en fallait plus. Faut croire que le Ministre a été reçu comme un roi.
Un contrat pour un service public, c'est jamais définitif. Rien n'est jamais acquis. Il y a les règles de soumission publique. Normal, c'est le jeu. Je ne m'en faisais pas trop : mon bébé, je l'avais bichonné. Et le résultat de la soumission tombe : le marché est attribué à l'imprimerie Machinchose.
— "Ce serait possible de voir les différentes soumissions? J'aimerais savoir sur quel poste je me suis planté."
— "Non, ce n'est pas possible."
— "... ???"
— "On les a égarées."
Pour me calmer (me faire taire), le secrétaire du Ministre m'a promis d'autres jobs. Des clopinettes. Son patron fait souvent parler de lui dans la presse; son nom est cité dans pas mal d'affaires. Donc il est puissant : je ferme ma gueule.
Grands mercis, monsieur Mathot.

09:02 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/02/2004

"Il n'y a que la bêtise humaine qui donne une idée de l'infini"

Je suis un naïf, un doux-rêveur et un utopiste. C'est un choix. Mais jamais, dans mes cauchemars les plus glauques, je n'aurais pu m'imaginer faire face à autant de bêtise, de stupidité et de crétinisme.
Les premiers acheteurs se sont désistés à la dernière minute. Je l'ai appris peu après : je n'étais pas convié à la signature des actes. Mon curateur était fou-furieux; il voyait sa commission lui passer sous le nez. Moi, je ne peux pas vraiment leur en vouloir, ni avoir envie de les forcer à acheter, persuadé que cette maison a le mauvais oeil.
Je sais, c'est idiot. Mais il y a tout de même des coïncidences troublantes. Je suis bien content d'avoir déménagé. Dans le fond, la superstition c'est ce qu'on a trouvé de mieux pour avoir le sentiment que l'on garde le contrôle de sa vie, dans les moments où on perd la maîtrise de son destin. C'est également ainsi que naissent les religions, non?
Donc, la maison est remise en vente, de nouveaux acheteurs potentiels se proposent et moi, ça me rallonge d'autant le délai pour tout vider. J'en profite bien de ce délai : je remets ça toujours à demain... Pas ma faute si je suis malade chaque fois que j'envisage de m'y mettre.
Et dans le quartier, ça jase. Je les connais : dès qu'une occasion se présente de dire du mal de quelqu'un, ils se régalent. D'autant qu'un des voisins voulait acheter, mais n'a pas fait une offre assez importante (ridicule son offre... il avait sans doute la conscience tranquille du bon chrétien qui fait l'aumône avant d'aller se remplir la panse). Alors là, tous les coups sont permis. On dirait que mon jardin - oui, enfin, mon ex-jardin - lui sert de dépotoir.
En attendant de vider aux containers ce que je n'ai pas pu emmener dans le déménagement, le vide se fait autour de moi. A commencer par ma famille, qui prête une oreille attentive aux ragots. Sans jamais juger utile de les démentir. Eux sont restés. Moi je suis parti. Et comme on dit : "les absents ont toujours tort".
Oui, au fait : le déménagement. Tous les copains ont répondu présent. Merci. Pas un seul membre de ma famille n'est venu m'aider. Et ensuite ils m'en veulent lorsque je décline une invitation. Ça doit dégoiser dans les repas de famille. Vae victis.

10:02 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |