17/02/2004

"Il n'y a que la bêtise humaine qui donne une idée de l'infini"

Je suis un naïf, un doux-rêveur et un utopiste. C'est un choix. Mais jamais, dans mes cauchemars les plus glauques, je n'aurais pu m'imaginer faire face à autant de bêtise, de stupidité et de crétinisme.
Les premiers acheteurs se sont désistés à la dernière minute. Je l'ai appris peu après : je n'étais pas convié à la signature des actes. Mon curateur était fou-furieux; il voyait sa commission lui passer sous le nez. Moi, je ne peux pas vraiment leur en vouloir, ni avoir envie de les forcer à acheter, persuadé que cette maison a le mauvais oeil.
Je sais, c'est idiot. Mais il y a tout de même des coïncidences troublantes. Je suis bien content d'avoir déménagé. Dans le fond, la superstition c'est ce qu'on a trouvé de mieux pour avoir le sentiment que l'on garde le contrôle de sa vie, dans les moments où on perd la maîtrise de son destin. C'est également ainsi que naissent les religions, non?
Donc, la maison est remise en vente, de nouveaux acheteurs potentiels se proposent et moi, ça me rallonge d'autant le délai pour tout vider. J'en profite bien de ce délai : je remets ça toujours à demain... Pas ma faute si je suis malade chaque fois que j'envisage de m'y mettre.
Et dans le quartier, ça jase. Je les connais : dès qu'une occasion se présente de dire du mal de quelqu'un, ils se régalent. D'autant qu'un des voisins voulait acheter, mais n'a pas fait une offre assez importante (ridicule son offre... il avait sans doute la conscience tranquille du bon chrétien qui fait l'aumône avant d'aller se remplir la panse). Alors là, tous les coups sont permis. On dirait que mon jardin - oui, enfin, mon ex-jardin - lui sert de dépotoir.
En attendant de vider aux containers ce que je n'ai pas pu emmener dans le déménagement, le vide se fait autour de moi. A commencer par ma famille, qui prête une oreille attentive aux ragots. Sans jamais juger utile de les démentir. Eux sont restés. Moi je suis parti. Et comme on dit : "les absents ont toujours tort".
Oui, au fait : le déménagement. Tous les copains ont répondu présent. Merci. Pas un seul membre de ma famille n'est venu m'aider. Et ensuite ils m'en veulent lorsque je décline une invitation. Ça doit dégoiser dans les repas de famille. Vae victis.

10:02 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

... Il y a quelques mois, j'ai lu ton journal en entier. Et puis, plus rien. Je suis content de te revoir et rassuré. Je me suis posé beaucoup de questions à ton sujet. C'est étrange : nous ne nous connaissons pas et c'est comme si j'étais tourmenté de l'avenir d'une personne qui m'est très chère.
Comme je vois, la descente aux enfers n'est pas terminée. Quand est-ce que tout cela va finir ?
De plus, tu sembles être seul. Où puises-tu la force pour résister et faire face ?
Mes meilleurs encouragements pour la suite.

Écrit par : Maugus | 17/02/2004

PROCES DE L'INTELLIGENCE EN TROIS TEXTES PROCES DE L'INTELLIGENCE EN TROIS TEXTES

1 - Défense de la sottise -

La sottise est le dernier rempart efficace contre la suprématie inique des beaux esprits qui ne gagnent leur cause qu'avec la lâche, fourbe, insidieuse subtilité de leur pensée.

L'intelligence est torve, sinueuse, secrète. La sottise est franche, directe, claire. L'intelligence aime les énigmes, se complaît dans le mystère, se masque avec éclat. La sottise méprise l'obscurité, fuit l'hermétisme, se dévoile sans ambages. La sottise n'a rien à cacher, rien à prouver, rien à vendre, tout à perdre. Donc rien à gagner. L'intelligence caresse, séduit, convainc avec des fioritures de langage. La sottise cogne. Elle n'use d'aussi vains détours indignes de tout bon sot qui se respecte.

Le sot aime les carottes, les navets et les soupes chaudes. Le bel esprit ne se préoccupe que d'affaires qui ne se mangent pas. Et qui vient se plaindre de crever de faim quand vient la bise ? Le sot ne porte pas le regard plus loin que son sillon. Le bel esprit le raille. Et qui vient crier famine l'hiver venu ? Le sot n'argumente pas, il frappe. En cela les faits lui donnent toujours raison, la loi en vigueur ici-bas étant celle du plus fort.

Les sots ignorent l'alchimie étrange de la terre mais eux au moins y font pousser patates, poireaux, tomates. Les sots ne savent rien des mystères cosmiques, mais ils ont de quoi tenir l'hiver. Ils n'ont rien dans la tête mais tout dans les poings.

Les sots n'ont pas d'amis mais plein de bois pour leur feu. Ils sont seuls mais heureux de l'être. Ils sont dépourvus d'intelligence et sans malice, sans ironie, sans vanité peuvent s'en vanter.

Raphaël Zacharie de Izarra

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2 - Éloge de la bêtise -

Je chéris et loue la bêtise. La bêtise est une haute qualité, une authentique vertu, le rempart absolu contre la souveraine et tyrannique intelligence qui l'écrase, la méprise, la persécute. La bêtise est l'apanage de ceux qui sont totalement dépourvus d'intelligence, et qui sont par conséquent remplis de saines certitudes, d'inébranlables convictions, de salutaires illusions. La bêtise empêche de trop penser, elle pousse à l'action irréfléchie. Elle éloigne et préserve fatalement l'être de la pensée stérile, creuse, futile.

La bêtise rend toujours heureux tandis que la réflexion angoisse. La bêtise résout tous les problèmes de la pensée en éliminant tout simplement la pensée. Le penseur se crée des problèmes, l'intelligence est inconfortable parce qu'elle pose des questions embarrassantes à l'homme. Les gens intelligents se posent toujours des questions insolubles. Alors que les gens sots ne se posent tout simplement pas de questions : voilà le secret de leur bonheur.

Les gens stupides cultivent leur jardin sans plus se poser de questions. Les gens intelligents se préoccupent plutôt du temps qu'il fait au-dessus de leur tête bien faite et en oublient totalement leurs activités horticoles. Ils s'y désintéressent parfaitement, préférant se torturer l'esprit avec des choses qui, aux yeux des gens bêtes, n'en valent pas la peine.

D'où la supériorité de la bêtise sur l'intelligence qui force l'heureux élu à cultiver son jardin. Et avec coeur encore. Alors que l'intelligence ne fait rien pousser du tout sous les pieds de ses victimes bien pourvues.

Raphaël Zacharie de Izarra

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3 - Encore un éloge de la bêtise -

La bêtise est le privilège de ceux qui ne sont pas habités par la vaine et méprisable intelligence.

L'intelligence, ce vernis de l'esprit... Cet habit d'apparat hautain et superficiel, cet artifice cérébral indigne de l'Homme, cette pollution mentale qui dénature si bien les pensées et met plein de mollesse dans le cerveau à la manière des substances nocives que l'on nomme héroïne, cocaïne, Marie-Jeanne... L'intelligence est un poison dangereux et la bêtise est son naturel antidote.

L'intelligence empêche l'action, elle freine l'instinct et la saine pensée primaire. L'intelligence oblige les gens à penser de plus en plus et donc à faire des études, à se lancer dans la recherche. Elle excite la curiosité et génère maintes questions aussi difficiles qu'inutiles. En un mot l'intelligence pousse à la réflexion et de par ce fait empêche de vivre. Il est tellement plus agréable, plus facile de ne point penser et de se laisser guider par l'instinct, l'ignorance, l'innocence, ou par l'autorité ecclésiastique, politique, syndicale...

Obéir sans penser, n'est-ce pas l'assurance de ne jamais commettre d'erreur par soi-même ? Jamais de remords avec la bêtise, puisqu'elle excuse à peu près tout. Alors que l'intelligence est au contraire un facteur de responsabilités pénales, morale, professionnelle. Plein d'ennuis en perspective avec l'intelligence...

La bêtise heureusement empêche le développement de la pensée : c'est le confort de l'esprit par excellence. La bêtise est l'apanage des authentiques esthètes soucieux de leur qualité de vie.

Raphaël Zacharie de Izarra

Écrit par : Raphaël Zacharie de Izarra | 18/09/2005

PESANTEURS DU COEUR, LEGERETES DE L'AME PESANTEURS DU COEUR, LEGERETES DE L'AME

A Sillé-le Guillaume vers la fin de l'été je montais en direction de la pierre pieusement érigée, l'église, à la rencontre d'une illuminée aux allures de vestale. Qui devinerait que Sillé-le-Guillaume avec ses torpeurs provinciales abrite mes secrets d'esthète ? Des souvenirs intimes et éblouissants, mélancoliques et fulgurants m'ont rendu chère cette cité... Jadis dans cette ville j'éxpérimentais prouesses amoureuses et éprouvais feux de l'esprit. Une fois encore j'ai voulu faire se croiser ces deux sommets du coeur et de l'âme. Une jonction de la terre et du ciel, du temporel et de l'infini : amour terrestre et élévation spirituelle. Ce jour-là c'est en compagnie de Nathalie que je souhaitai accéder à l'ivresse sacrée, désireux d'oublier ma douleur d'avoir perdu Isabelle.

Messager céleste et femme glorieusement incarnée, Nathalie que j'étreignis bientôt s'était manifestée à moi comme un mystère, une interrogation. A travers elle le Ciel m'avait exaucé puisque trois jours après nos baisers échangés à l'ombre du clocher, le miracle eut lieu : émue par le serment de nos lèvres, Isabelle revint à moi. Le tremblement de nos coeurs avait réveillé ses ardeurs. J'avais pris soin, en effet, de mettre au courant Isabelle de mon rendez-vous avec sa rivale.

Mais, ironie du sort, Nathalie qui devait me faire revenir Isabelle avait pris sa place... A peine conçue, je devais étouffer ma flamme car l'aimée, celle dont j'avais tant pleuré l'absence, m'était revenue. Même si mes sentiments pour Isabelle n'étaient plus aussi ardents, Nathalie ayant involontairement détourné à son profit mes feux, la volonté céleste exigeait que je retournasse vers l'amante prodigue.

Ce que je fis avec une joie amère au coeur. Je retrouvais Isabelle certes, mais en même temps je perdais Nathalie.

Au contact de Nathalie, Isabelle prenait moins de prix dans mon coeur décidément inconstant... Désemparé, tiraillé entre les tourments exquis de l'amour naissant et le désir de sauver un hyménée de longue date, devais-je écouter ses battements et faire offense au Ciel qui m'avait fait revenir l'amante de toujours, ou devais-je le faire taire et acquiescer avec reconnaissance à la grâce qu'Il m'avait accordé ? A force de prières j'étais parvenu à Le faire fléchir, et voilà que j'étais tenté de détourner les yeux du cadeau divin !

Le temps, me dis-je alors, apporterait la réponse à mes hésitations.

Raphaël Zacharie de Izarra

Écrit par : Raphaël Zacharie de Izarra | 10/10/2005

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