31/10/2003

Documentaire animalier

Les corbeaux se rassemblent en petits groupes, dotés d'une structure hiérarchique et sociale très élaborée. Méfiants par nature, mais forts de la cohésion du groupe, ils tolèrent à bonne distance un intrus sans le chasser. L'appartenance au groupe ne semble définie que par la couleur - noire - de la robe. J'ai donc pris soin de moi aussi m'habiller de noir, ce qui me permet de jouxter le cercle des initiés.

Dans cette salle d'audience comme dans les autres, les bonnes places aux premiers rangs sont prises d'assaut par les avocats. Je dis bonne place parce que eux, en avant, doivent sans doute comprendre ce que dit le Président. Trois rangs plus loin, du fait d'une acoustique abominable, c'est inaudible. En revanche, ils doivent rester debout - moi, je suis confortablement assis.

Cette robe noire leur donne un air macabre. Quelqu'un, un jour, a dû décider que la Justice se devait de donner d'elle une image sombre, triste et sévère. Il y aurait par contre matière à défi technico-publicitaire pour les compagnies lessivières : comment en effet garantir une propreté à la fois d'un noir profond pour la robe, et d'un blanc éclatant pour les extrémités de l'écharpe? Tous visiblement n'y réussissent pas. Je lance donc l'appel pour la mise au point d'une campagne : "La lessive Brol rend la justice plus éclatante"...

Les dossiers défilent et cela fait plus d'une heure que j'attends mon tour. Pas folle la guêpe : prévoyant, je bouquinne à mon aise, indifférent à l'agitation autour de moi. Dans le fond, si quelque SDF voulait prendre un peu de quiétude et de chaleur, je conseille les salles d'audience. Le brouhaha feutré se change vite en ronronnement apaisant.

On s'habitue à tout. Je suis là pour donner mon accord sur la vente de ma maison. Que ce passerait-il si je faisais opposition? Pas mal de problèmes, à tous les coups. J'ai choisi de ne pas faire de vagues; ce que j'appelle le prix de la tranquillité. Mon curateur (avec ses 5% de commission sur la vente) semble satisfait de l'opération, et partant lache un peu de lest sur le reste. Je lui ai demandé l'autorisation de déménager mes meubles (qui ne m'appartiennent plus). C'est vrai : je ne voudrais pas être accusé de vol ou de recel.

Mon avocate était absente, dommage. Le noir lui va si bien.

09:12 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

30/10/2003

Mission : Impossible ? Pas sûr.

— Alors voilà franchement : de ma situation, je ne vous cache rien; je joue franc-jeu. Mes revenus? Autant... un statut inexistant, mais ça paie, bien et régulièrement en plus...

... Il y a encore des propriétaires un tant soit peu attentifs. Donc, là, grande nouvelle : j'ai réussi à trouver à me reloger; j'ai réussi à me faire entendre; à dire et prouver que je suis pas un margoulin.

La caution locative? Ouche! Ça douille! J'aurais pu faire appel au CPAS paraît-il. Ils ont une procédure bien à eux pour la caution; sans débourser un franc. C'est beau la politique. Mais franchement, vous me voyez démarcher les proprios en leur annonçant : "pour la caution, voyez mon assistante sociale" ?

Enfin, tout dépend du type de proprio. J'en connais quelques-uns, ils adooorent littéralement les assujettis sociaux. Normal : le loyer tombe tous les mois, garanti par l'Etat. Leurs locataires? Ils doivent penser que c'est que de la racaille, mais ils s'en foutent : ils font la loi. Pas content, dehors; la liste d'attente est longue.

J'en connais; je les ai rencontré. Ils ont tous 2 points en communs : ils sont rentiers et leurs apparts, c'est des vrais taudis. Limite insalubre. La loi, ils connaissent : 10 m2 d'espace vital imposés, ce sera pas 1 cm en plus. Des négriers.

J'aurai au moins échappé à cela.

15:37 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

16/10/2003

Mailing

Le papier ressemble vaguement à un diplôme. Un exemplaire numéroté; avec dans la case "Qualité Client": quatre étoiles. On pourrait en mettre combien au fait ? Cinq, six, maximum d'après la place laissée libre. Je suis au-dessus de la moyenne donc. Et il y est écrit en grand et en doré : "Titre de Bon Payeur".

Après avoir pendant des mois supporté les huissiers, repoussé les échéances, trouvé mille excuses pour finalement jeter l'éponge, me voici considéré comme bon payeur ! Le post-scriptum en petit en bas me signale que l'offre de crédit est strictement personnelle, et me demande de ne pas divulguer les conditions. Je ne dévoilerai donc pas que je peux prétendre à un crédit de 8250 euros (228 euros de remboursement mensuel en 48 mois; TAEG de 15,50%).

Je crois que je vais me l'encadrer.

13:01 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/10/2003

Je souffle une bougie histoire de ne pas être dans le noir

— "J'ai fêté le premier anniversaire de ma faillite."
— "Ah bon ? Ca se fête, ça ?"

Oui, m'sieur, ça se fête. Histoire de dire que le dossier n'avance pas vite et que ça me bloque pour la moindre démarche. Histoire d'en parler sans honte et sans pudeur. Et de retrouver ainsi un peu de fierté (de dignité?). Comme cette vieille pub pour des rillettes : "Nous n'avons pas le même sens des valeurs, monsieur l'Huissier". Quant à "ma liberté de penser" que vous n'aurez jamais, la chanson se trompe : déjà bien difficile de préserver ma liberté de rêver, nettement plus prioritaire à mon avis.

Vu au JT : un reportage sur un indépendant qui n'arrive pas à se faire payer ses factures au MRW. Rien de neuf sous le ciel... toujours la même rengaine. Je me demande : rien apparemment ne devait inciter à programmer ce reportage hier, aujourd'hui ou demain. Quel a été le déclencheur? Un simple blanc à combler dans le sommaire? Entendu aussi, dans un feuilleton : "Il faut tenir... et paraître". Hello? Parais-je bien?

12:42 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

02/10/2003

Pub

La Région wallonne fait en ce moment une campagne de pub télévisée. Le spot se termine chaque fois par "Mon métier, c'est ma vie".
Heureux que quelqu'un là haut s'en rende compte ! Mais alors, à contrario, me prendre mon boulot, m'interdire d'exercer mon métier, c'est quoi?

17:57 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/10/2003

Acronymes

Je suis un Sans Salaire Fixe (SSF...). Et dans un sens, ça me fait bizarre d'ainsi entrer dans la norme : là où j'habite, c'est plutôt le règne de la débrouille. D'où me vient alors cette impression d'être dévisagé lorsque je sors dans le quartier ? D'autres par contre détournent la tête, c'est flagrant.

Je suis un Sans Salaire Fixe. Ce n'est pas très confortable. J'en revendique donc la contrepartie : être un SDF (Sans Dette Fixe).

08:56 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |