08/09/2003

Ah ben non, pas encore cette fois

C'est vrai que le ministère de la Justice manque de moyens. La salle d'audience dégage une atmosphère glauque, avec sa lumière blafarde et les murs défraîchis, jaunasses-pisseux. De quoi foutre le cafard à un bataillon de clowns en folie. Sur l'estrade, un imposant pupitre avec au moins une dizaine de fauteuils. Rien à voir avec l'idée d'un juge débonnaire siègeant seul. Ils vont être combien à prendre place là? Aux deux premiers rangs, les avocats. Et tout dans le fond, près de l'entrée, un banc contre le mur, rempli déjà par mes "collègues". Entre ces deux zones, une sorte de no man's land.

Je vais pas rester debout... Plus de place sur le banc; je m'installe sur une banquette du no man's land. Les dossiers sont très haut, ce qui fait que je suis plus ou moins caché. Ca me dérange un peu, parce que je voudrais que mon avocate remarque ma présence. Je me tiens droit comme un piquet, j'étire le cou pour gagner encore un centimètre au-dessus du dossier. Elle finit par me voir.

— "J'aurais dû vous prévenir. Ce n'était pas la peine de venir aujourd'hui."
— "Ah bon ?"
— "L'avocat de la partie adverse va demander un report d'audience, le temps d'étudier le dossier"
— "La semaine prochaine alors?"
— "Non, il faut compter 3 semaines - 1 mois."

Bouf ! Un mois de plus ! L'huissier annonce le début du show, alors je me dis que je vais rester un peu, voir comment ça se passe. On se lève tous pour accueillir "La Cour !". Un peu de cérémonial; tout le monde se tait à présent (en fait, il n'y avait que les avocats qui bavardaient, nous, on était très sages). Le Président est une Présidente. Pour discuter de problèmes sociaux, c'est pas plus mal je trouve.

En début de séance, on fait l'appel des présences. Comme en classe, sauf qu'ici on peut se faire remplacer, ça compte quand même. En entendant son nom, un bonhomme se lève et s'avance au milieu de la salle. S'arrête. Hésite. Il est 10 heures du matin, mais il semble déjà passablement chargé.

— "Vous approcherez lorsqu'on vous appellera, Monsieur."

Pas de réaction. Il doit se dire qu'on vient de l'appeler, justement. Un petit pas timide vers l'avant.

— "Huissier, voulez-vous expliquer à ce monsieur..."

Chaque fois qu'il comprend qu'on parle de lui : un pas en avant.

— "Non, écoutez, est-ce que quelqu'un pourrait lui expliquer... le reconduire... Il n'a pas l'air de comprendre ? Si ?"

Dans les yeux de la Présidente, il m'a semblé voir passer un vent de panique.

Arrivé à mon dossier, les avocats se sont approchés, ont sorties leurs agendas, se sont mis d'accord. "Eh bien voilà, la séance est reportée à..." Bon, ben, merci; bonne journée.

09:41 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

journal d'un failli.....la suite.... Bonsoir...un hasard...je tombe sur votre hisoire....en êtes vous sorti?
J'en ai vécu une aussi ....descente aux enfers!....j'ai l'impression qu'on ne s'en remet....jamais...on remonte....et on redescend....on ne fait plus partie du "vrai" monde! Ce qui est grave quand on a ça dans la peau...c'est qu'on essaie toujours de repartir en réinventant autre chose!...mais les casseroles vous ratrappent...dur..dur de retrouver ses rêves! Bienvenue au Club! Katia

Écrit par : tchirieff | 10/07/2004

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