22/03/2005

y'en a marre

Trop. Beaucoup trop.

Trop d'occasions manquées. Trop d'obligations à se taire; à ne pas bouger; à accepter. Trop de nuits blanches. Trop de brimades. Trop d'administration toute puissante, de politiques pourris, de Justice incapable.

Il y a trop de temps que je ne rêve plus. Trop de temps que je n'espère plus. Trop de temps que j'accepte.

Fin du blog

Demain je ne serai plus.

19:17 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

21/11/2004

C'est si simple de faire compliqué

Plus un rond. Tout est parti chez "lui". Mais promis-juré : mon argent me sera rendu (déduit bien sûr des frais qu'il s'accorde au passage), dès qu'il sera arrivé sur son compte.
Là, il me prévient déjà : il ne reçoit son courrier banquaire qu'une fois par mois. Traverser la rue pour vérifier au guichet les mouvements sur son compte, c'est trop demander? Alors, la procédure est imparable : une fois l'argent en sa possession, il le transfère sur le compte tiers de mon avocate qui se chargera de me le re-verser...
Me le re-verser sur quel compte? J'en ai plus! (en fait, il "lui" suffisait de téléphoner au service clientèle de la Banque de la Poste pour arrêter l'action en cours et tout rentrait dans l'ordre dans les 24 h... trop simple, beaucoup trop simple)
Première tentative dans une agence Fortis - ouverture d'un compte - la guichetière fait la moue, gênée... "Vous êtes... ?" Je re-décline mon identité. "Oui, bien sûr, mais je vois à l'écran que vous êtes failli". Appel à l'administration centrale. On fait comment? On fait rien : refusé ! En sortant, elle me prévient : "vous savez, ce sera la même chose dans les autre banques". Bien; ça démarre fort.
Seconde tentative (Dexia) - je ne prends pas de risque; avant de me déplacer, je téléphone et j'explique la situation. Pas de problème : toute les banques sont obligées légalement à accorder l'accès à un service minimum. Bien. Paperasse, nouveau numéro de compte que je m'empresse de communiquer à mon avocate et à mon employeur. Ben vous voyez, madame Fortis, il y a des banques sympas tout de même.
Dix jours plus tard, je m'inquiète : pas de courrier, pas de carte banquaire. Re-téléphone; rassuré : oui, votre argent est bien arrivé, votre compte est crédité. Mais désolé : vous étiez fiché chez nous; l'argent est bloqué.
Il y a vraiment des baffes qui se perdent.

11:34 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Tranquille ? Tu rêves ?

Ce n'est pas fini. Ce n'est jamais fini

Des semaines et des mois que je reçois rappels et menaces à propos d'un compte en banque "passé" dans la faillite. Par mail; il sont pas vite génés. Chiant les mecs; pas moyens d'argumenter.
J'appelle mon curateur (petit rappel : il est de bon ton de dire "mon" curateur, comme on dit "mon" cancer ou "mon" infar - c'est pas que je tienne spécialement à ce possessif, mais c'est ainsi : un brol qu'on traîne avec soi et dont on ne se débarasse vraiment jamais).
Lui :
— "Alors? Où en sommes-nous ?"
Moi :
— "Ben, c'est la question que je voulais vous poser"
Et de lui expliquer la situation. Visiblement, il mélange tout et ne connaît pas du tout "mon" dossier (là, je serais en droit de dire "son" dossier, non?)
Petit retour en arrière (voir commentaire du 09/09/03) : lors de la seconde descente de faillite, j'avais négocié avec le juge consulaire le droit de conserver l'utilisation d'un compte CCP - c'est le mimimum vital pour sembler crédible auprès d'un employeur ou d'un proprio. Accordé; avec pour témoins : le curateur et mon avocate.

Et là, quoi? Mon cu-curateur se trompe de numéro, bloque mon compte courant et le vide. Ce qui donne l'occasion de passer pour un con en public - vraiment, j'adore ça : paiement par carte au supermarché du coin - "Carte inconnue"... (ça n'arrive jamais quand on est seul à la caisse; il faut toujours qu'il y ai une file énorme derrière vous au même moment); virements du loyer, de l'eau, de l'électricité, du téléphone : refusés.
Appel au service clientèle : "votre compte est en administration provisoire; nous avons reçu un courrier de Maître...".
Rappel à "mon..." : Dites, vous m'avez mis dans une drôle de situation.
Lui : "C'est votre faute si je me suis trompé - si vous ne m'aviez pas téléphoné, j'aurais rien fait". Et le paiement de mon loyer? je fais comment? - "ça attendra bien 2-3 semaines, non?"
Il est vraiment con ou il le fait exprés?

10:31 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/07/2004

Figuration

— "Je vous demanderai d'être présent à la signature des actes..."

Il a l'air embêté mon curateur. Géné de me demander ça comme un service personnel. Moi, je débarque, je tombe des nues. A contrario, il veux me dire que c'est pas obligé ? Que je ne suis pas tenu à subir cette humiliation supplémentaire ? Ca sert à quoi que je sois là ?
— "J'ai remarqué que ça rassurait les acheteurs". Bien. Si je peux faire plaisir...

10:07 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

C'est toujours bon à savoir

Les huissiers ont horreur des escaliers.
Je ne sais pas s'ils sont spécialement paresseux ou particulièrement sujets au vertige, mais de tous les huissiers qui ont débarqué chez moi, aucun, jamais, ne s'est intéressé à l'étage. Pour eux, là-haut, c'est dodo, bagatelle et compagnie. Ils respectent au moins cela.
Je me suis installé un bureau sympa à l'étage, entre deux chambres. Tranquille.

09:18 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

18/02/2004

Ah oui, au fait, je me souviens...

A l'époque, j'avais un contrat sympa : un trimestriel pour un Ministère, plein de photos, genre magazine de relations publiques. C'était un peu mon bébé : j'avais participé à sa naissance et l'avais vu grandir.
Puis un jour, un Ministre est allé visiter une imprimerie. Ces gars n'en pouvaient plus de dépenser les subsides et autres aides publiques; exsangues, il leur en fallait plus. Faut croire que le Ministre a été reçu comme un roi.
Un contrat pour un service public, c'est jamais définitif. Rien n'est jamais acquis. Il y a les règles de soumission publique. Normal, c'est le jeu. Je ne m'en faisais pas trop : mon bébé, je l'avais bichonné. Et le résultat de la soumission tombe : le marché est attribué à l'imprimerie Machinchose.
— "Ce serait possible de voir les différentes soumissions? J'aimerais savoir sur quel poste je me suis planté."
— "Non, ce n'est pas possible."
— "... ???"
— "On les a égarées."
Pour me calmer (me faire taire), le secrétaire du Ministre m'a promis d'autres jobs. Des clopinettes. Son patron fait souvent parler de lui dans la presse; son nom est cité dans pas mal d'affaires. Donc il est puissant : je ferme ma gueule.
Grands mercis, monsieur Mathot.

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17/02/2004

"Il n'y a que la bêtise humaine qui donne une idée de l'infini"

Je suis un naïf, un doux-rêveur et un utopiste. C'est un choix. Mais jamais, dans mes cauchemars les plus glauques, je n'aurais pu m'imaginer faire face à autant de bêtise, de stupidité et de crétinisme.
Les premiers acheteurs se sont désistés à la dernière minute. Je l'ai appris peu après : je n'étais pas convié à la signature des actes. Mon curateur était fou-furieux; il voyait sa commission lui passer sous le nez. Moi, je ne peux pas vraiment leur en vouloir, ni avoir envie de les forcer à acheter, persuadé que cette maison a le mauvais oeil.
Je sais, c'est idiot. Mais il y a tout de même des coïncidences troublantes. Je suis bien content d'avoir déménagé. Dans le fond, la superstition c'est ce qu'on a trouvé de mieux pour avoir le sentiment que l'on garde le contrôle de sa vie, dans les moments où on perd la maîtrise de son destin. C'est également ainsi que naissent les religions, non?
Donc, la maison est remise en vente, de nouveaux acheteurs potentiels se proposent et moi, ça me rallonge d'autant le délai pour tout vider. J'en profite bien de ce délai : je remets ça toujours à demain... Pas ma faute si je suis malade chaque fois que j'envisage de m'y mettre.
Et dans le quartier, ça jase. Je les connais : dès qu'une occasion se présente de dire du mal de quelqu'un, ils se régalent. D'autant qu'un des voisins voulait acheter, mais n'a pas fait une offre assez importante (ridicule son offre... il avait sans doute la conscience tranquille du bon chrétien qui fait l'aumône avant d'aller se remplir la panse). Alors là, tous les coups sont permis. On dirait que mon jardin - oui, enfin, mon ex-jardin - lui sert de dépotoir.
En attendant de vider aux containers ce que je n'ai pas pu emmener dans le déménagement, le vide se fait autour de moi. A commencer par ma famille, qui prête une oreille attentive aux ragots. Sans jamais juger utile de les démentir. Eux sont restés. Moi je suis parti. Et comme on dit : "les absents ont toujours tort".
Oui, au fait : le déménagement. Tous les copains ont répondu présent. Merci. Pas un seul membre de ma famille n'est venu m'aider. Et ensuite ils m'en veulent lorsque je décline une invitation. Ça doit dégoiser dans les repas de famille. Vae victis.

10:02 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

31/10/2003

Documentaire animalier

Les corbeaux se rassemblent en petits groupes, dotés d'une structure hiérarchique et sociale très élaborée. Méfiants par nature, mais forts de la cohésion du groupe, ils tolèrent à bonne distance un intrus sans le chasser. L'appartenance au groupe ne semble définie que par la couleur - noire - de la robe. J'ai donc pris soin de moi aussi m'habiller de noir, ce qui me permet de jouxter le cercle des initiés.

Dans cette salle d'audience comme dans les autres, les bonnes places aux premiers rangs sont prises d'assaut par les avocats. Je dis bonne place parce que eux, en avant, doivent sans doute comprendre ce que dit le Président. Trois rangs plus loin, du fait d'une acoustique abominable, c'est inaudible. En revanche, ils doivent rester debout - moi, je suis confortablement assis.

Cette robe noire leur donne un air macabre. Quelqu'un, un jour, a dû décider que la Justice se devait de donner d'elle une image sombre, triste et sévère. Il y aurait par contre matière à défi technico-publicitaire pour les compagnies lessivières : comment en effet garantir une propreté à la fois d'un noir profond pour la robe, et d'un blanc éclatant pour les extrémités de l'écharpe? Tous visiblement n'y réussissent pas. Je lance donc l'appel pour la mise au point d'une campagne : "La lessive Brol rend la justice plus éclatante"...

Les dossiers défilent et cela fait plus d'une heure que j'attends mon tour. Pas folle la guêpe : prévoyant, je bouquinne à mon aise, indifférent à l'agitation autour de moi. Dans le fond, si quelque SDF voulait prendre un peu de quiétude et de chaleur, je conseille les salles d'audience. Le brouhaha feutré se change vite en ronronnement apaisant.

On s'habitue à tout. Je suis là pour donner mon accord sur la vente de ma maison. Que ce passerait-il si je faisais opposition? Pas mal de problèmes, à tous les coups. J'ai choisi de ne pas faire de vagues; ce que j'appelle le prix de la tranquillité. Mon curateur (avec ses 5% de commission sur la vente) semble satisfait de l'opération, et partant lache un peu de lest sur le reste. Je lui ai demandé l'autorisation de déménager mes meubles (qui ne m'appartiennent plus). C'est vrai : je ne voudrais pas être accusé de vol ou de recel.

Mon avocate était absente, dommage. Le noir lui va si bien.

09:12 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

30/10/2003

Mission : Impossible ? Pas sûr.

— Alors voilà franchement : de ma situation, je ne vous cache rien; je joue franc-jeu. Mes revenus? Autant... un statut inexistant, mais ça paie, bien et régulièrement en plus...

... Il y a encore des propriétaires un tant soit peu attentifs. Donc, là, grande nouvelle : j'ai réussi à trouver à me reloger; j'ai réussi à me faire entendre; à dire et prouver que je suis pas un margoulin.

La caution locative? Ouche! Ça douille! J'aurais pu faire appel au CPAS paraît-il. Ils ont une procédure bien à eux pour la caution; sans débourser un franc. C'est beau la politique. Mais franchement, vous me voyez démarcher les proprios en leur annonçant : "pour la caution, voyez mon assistante sociale" ?

Enfin, tout dépend du type de proprio. J'en connais quelques-uns, ils adooorent littéralement les assujettis sociaux. Normal : le loyer tombe tous les mois, garanti par l'Etat. Leurs locataires? Ils doivent penser que c'est que de la racaille, mais ils s'en foutent : ils font la loi. Pas content, dehors; la liste d'attente est longue.

J'en connais; je les ai rencontré. Ils ont tous 2 points en communs : ils sont rentiers et leurs apparts, c'est des vrais taudis. Limite insalubre. La loi, ils connaissent : 10 m2 d'espace vital imposés, ce sera pas 1 cm en plus. Des négriers.

J'aurai au moins échappé à cela.

15:37 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

16/10/2003

Mailing

Le papier ressemble vaguement à un diplôme. Un exemplaire numéroté; avec dans la case "Qualité Client": quatre étoiles. On pourrait en mettre combien au fait ? Cinq, six, maximum d'après la place laissée libre. Je suis au-dessus de la moyenne donc. Et il y est écrit en grand et en doré : "Titre de Bon Payeur".

Après avoir pendant des mois supporté les huissiers, repoussé les échéances, trouvé mille excuses pour finalement jeter l'éponge, me voici considéré comme bon payeur ! Le post-scriptum en petit en bas me signale que l'offre de crédit est strictement personnelle, et me demande de ne pas divulguer les conditions. Je ne dévoilerai donc pas que je peux prétendre à un crédit de 8250 euros (228 euros de remboursement mensuel en 48 mois; TAEG de 15,50%).

Je crois que je vais me l'encadrer.

13:01 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/10/2003

Je souffle une bougie histoire de ne pas être dans le noir

— "J'ai fêté le premier anniversaire de ma faillite."
— "Ah bon ? Ca se fête, ça ?"

Oui, m'sieur, ça se fête. Histoire de dire que le dossier n'avance pas vite et que ça me bloque pour la moindre démarche. Histoire d'en parler sans honte et sans pudeur. Et de retrouver ainsi un peu de fierté (de dignité?). Comme cette vieille pub pour des rillettes : "Nous n'avons pas le même sens des valeurs, monsieur l'Huissier". Quant à "ma liberté de penser" que vous n'aurez jamais, la chanson se trompe : déjà bien difficile de préserver ma liberté de rêver, nettement plus prioritaire à mon avis.

Vu au JT : un reportage sur un indépendant qui n'arrive pas à se faire payer ses factures au MRW. Rien de neuf sous le ciel... toujours la même rengaine. Je me demande : rien apparemment ne devait inciter à programmer ce reportage hier, aujourd'hui ou demain. Quel a été le déclencheur? Un simple blanc à combler dans le sommaire? Entendu aussi, dans un feuilleton : "Il faut tenir... et paraître". Hello? Parais-je bien?

12:42 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

02/10/2003

Pub

La Région wallonne fait en ce moment une campagne de pub télévisée. Le spot se termine chaque fois par "Mon métier, c'est ma vie".
Heureux que quelqu'un là haut s'en rende compte ! Mais alors, à contrario, me prendre mon boulot, m'interdire d'exercer mon métier, c'est quoi?

17:57 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/10/2003

Acronymes

Je suis un Sans Salaire Fixe (SSF...). Et dans un sens, ça me fait bizarre d'ainsi entrer dans la norme : là où j'habite, c'est plutôt le règne de la débrouille. D'où me vient alors cette impression d'être dévisagé lorsque je sors dans le quartier ? D'autres par contre détournent la tête, c'est flagrant.

Je suis un Sans Salaire Fixe. Ce n'est pas très confortable. J'en revendique donc la contrepartie : être un SDF (Sans Dette Fixe).

08:56 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

28/09/2003

Citation

" Si vous voulez vous en sortir, monsieur, il n'y a pas de mystère : vous DEVEZ faire du noir. "

La citation est de ... ???

... elle m'a été dite par monsieur le juge lui-même en personne, lors de la descente de faillite !

15:04 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Dilemme

Je m'inquiète : dans la mesure où mes meubles ne m'appartiennent plus, aurai-je le droit de les déménager? Toujours pas de réponse de mon curateur...

13:26 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/09/2003

Dans banqueroute, il y a banque (et route aussi)

Les banques et moi, c'est une longue histoire d'amour. De celles où on se déchire sans arrêt. Très holywoodien dans le fond. Déjà, de savoir qu'une pseudo-autorité peut prendre l'initiative de vider mon compte pour se payer, ça laisse planer un doute (je suis en état de banqueDoute...). Mais ils ne le font pas sans prévenir. Et comme les banques rechignent toujours à voir partir de l'argent, on a une marge de 24-48 heures au moins. Les distributeurs de billets de la région ont crépité ces jours-là... Ce qui m'a valu le plaisir de recevoir la semaine suivante un joli recommandé : "la totalité de votre solde, soit 2 euros, à été transféré par autorité...". Flûte !!! J'avais oublié 2 euros !!!

A partir de là, il suffit de se faire payer par chèque (non barré le chèque, sinon ça sert à rien) ou en liquide. En plus, ça entretient la réputation de l'indépendant-fraudeur. Faut toujours soigner son image, non?

Des banquiers, j'en ai vu quelques uns. Entre le moment où ils te déroulent un tapis rouge pour te pousser à la consommation (de crédits) et le moment où ils sortent une kalachnikov quand tu franchis la porte de l'agence, t'as pas le temps de dire ouf! Je connais une banque (dont je brûle d'envie de dire le nom... mais non, vous ne m'aurez pas ainsi petits canailloux) dont les employés ont reçu l'ordre : 1) de ne plus accepter d'indépendant; 2) d'essayer de décourager les indépendants déjà clients chez eux.

Pour garder un compte en banque (c'est tout de même parfois nécessaire), j'ai dû batailler sec. Donc, "ils" ne me font pas confiance; et moi je leur rends bien. Les allocs par exemple : on a demandé de les recevoir par assignation postale. Ca implique l'inconvénient de devoir faire la file une fois par mois... mais en contrepartie, on touche les sous 5 JOURS plus tôt !!!

Il paraît qu'à présent, les banques ne peuvent plus refuser à un assujetti social la possibilité d'ouvrir un compte. Dans le fond, cela signifie que, officiellement : il est interdit d'interdire. C'est pas beau ça ?

16:14 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/09/2003

Et à force d'attendre, les convoyeurs s'inquiètent.

J'ai demandé à mon curateur le détail de la situation en cours. Y compris ses honoraires. Pour voir; pour savoir. Cela fait même plusieurs mois que je lui demande régulièrement cette information : aucune réponse.

Lorsque j'ai fait visiter la maison la première fois, j'avais l'air vraiment con : je ne connaissais même pas le prix de vente. La seule chose que je savais, c'est que je devais assurer les visites moi-même. On a fait téléphoner quelqu'un, se faisant passer pour un acquéreur potentiel, afin de connaître le prix.

Après toutes ces visites, il paraît que le prix proposé devient intéressant. Alors, peut-être qu'une fois que tout sera vendu, il me restera un petit quelque chose? Non, je n'y crois pas vraiment... Mais on peut aussi vivre d'espoir.

Donc, j'aimerais beaucoup, beaucoup savoir combien mon curateur va prendre au passage. Il paraît que sans décompte détaillé de son travail, il pourrait décider allègrement de s'allouer un forfait mensuel. Mais moi, je veux un décompte détaillé; ça doit l'embêter. Il ne répond jamais.

11:10 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/09/2003

Les visiteurs (non, pas la revanche du retour du fils qu'était même pas mort)

Tous les samedis, je fais visiter la maison aux candidats-acheteurs. C'est souvent génant (c'est bête, j'ai toujours la voix qui s'étrangle pour répondre à la question "Pourquoi vendez-vous?"), quelques fois cocasses ("Ouf! il est grand le jardin... il faut du temps pour l'entretenir, non?" - "Ben, oui, mais j'ai un mouton!" - "Ah, y'a un bouc?" - "Non : un mouton" - espèce d'aventurier urbain...); et parfois bizarre.

La semaine dernière, il a fallut gérer deux visites en même temps. Pas simple. D'autant qu'ils étaient antinomiques.

Les premiers : de vrais sans-gène, à fouiller partout comme s'ils étaient déjà chez eux. L'autre : costume trois-pièces, guindé. Je l'aurais plutôt vu chercher une pseudo-fermette dans le Brabant wallon. Ce qui m'a d'autant plus étonné lorsqu'il a dit qu'il était vraiment, vraiment très intéressé. C'est clair : j'avais du mal à l'imaginer vivant chez moi; ça ne collait vraiment pas.

Je suis ainsi : naïf et candide. Ce n'est pas un défaut, c'est un choix de vie. Ce n'est que bien plus tard que je me suis demandé s'il n'était pas un espion à la solde de mon curateur. Ou alors, c'étaient les autres ? Bon, voilà que je refais une poussée de paranoïa...

16:17 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les convoyeurs attendent

En sortant de chez moi ce matin, j'ai levé les yeux au ciel. Aucun vautour ne planait au-dessus de ma tête.

Sont partis en vacance ???

13:55 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Ça eut payé? Vraiment ???

Non, en fait : l'honnêteté, ça ne paie pas.

Il y a quelques petites choses qu'il vaut mieux essayer de préserver. Sans elles, la vie devient très très compliquée. Exemples : l'eau, l'électricité, le téléphone. Mais : s'agissant de sociétés "privées-mais-pas-tout-à-fait", agissant en état de quasi-monopole, la loi c'est eux. Et pour éventuellement agir à l'encontre de la législation, il leur suffit de créer des règles. LEURS règles.

Exemple récent : l'électricité.

C'est clair : en tant que failli, la loi m'interdit formellement de rembourser moi-même un ancien créancier, au risque de voir tous les autres débouler chez moi. Donc, pour Electrabel comme pour les autres, j'ai fait un petit courrier pour expliquer la situation, demander qu'ils prennent contact avec mon curateur et mon avocat. Et puis zut. Et tous les mois, je paie la facture en cours. Honnête, non ? J'aurais pu tout aussi bien me faire passer pour indigent et ne plus rien payer. Voire transmettre les factures au CPAS, ça m'aurait amusé. Mais régulièrement, je reçois lettre de rappel, mise en demeure, menaces...

Puis hier bizarrement, il y a deux gars de l'autre côté de la rue qui regardent ma façade ou mon toit. Bon. La maison est à vendre après tout. S'ils veulent visiter, y a qu'à demander.

Ce sont les aboiements du chien du voisin qui m'ont alerté. Je sors : un gars dans une nacelle qui monte.
— "Vous faites quoi?"
— "Je coupe !"

J'ai rarement engueulé quelqu'un de cette manière... Désolé, les gars : je luttais pour ma survie; c'était juste l'instinct de conservation.

Pour la petite histoire : les sociétés de distribution d'électricité ont déjà été condamnées pour cette manière de faire. Il leur est formellement interdit de couper l'électricité sans l'accord écrit du juge des saisies. Et encore : dans ce cas, le juge décidera d'une simple limitation et en référera au CPAS auparavent.

Mais eux, ils s'en foutent visiblement.

11:12 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/09/2003

Le dit de la légende villageoise

Il y a des jours comme ça où je préfère rester chez moi et ne voir personne. Bon, d'accord, dans mon cas je devrais plutôt dire : des semaines. Ou des mois.

C'est ainsi : je ne sais pas quoi répondre à la question classique : "Comment ça va?". Je me doute bien qu'on pose cette question sans trop y penser. Et sans plus y penser, on répond "Ca va". Juste histoire de dire quelque chose, d'introduire la conversation... En me concentrant très fort parfois, je passe outre de ce réflexe et j'arrive à répondre : "ça finira bien par aller".

Mais c'est embêtant : soit ma réponse fait sourire, ce que je trouve indécent; soit elle amène d'autres questions sur lesquelles je n'ai vraiment pas envie de m'étendre.

Alors, je préfère encore qu'on ne me pose pas de question du tout. Et j'imagine qu'on m'oubliera. C'est mieux ainsi.

C'est un tort : on n'oublie pas quelqu'un qui se cache. On jase.

Dans mon patelin, il se dit que je suis propriétaire d'une autre maison. Bien content de l'apprendre ! C'est la seule rumeur qui m'est revenue jusqu'à présent, mais je suppose qu'elle ne doit pas être orpheline.

15:30 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

15/09/2003

URGENT

Cherche à louer maison, 3 chambres, si possible avec jardin et de préférence au sud de Namur.

11:09 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Il fallait s'y attendre

Je m'étais mis une semaine au vert lorsque la nouvelle est tombée (comme quoi, il faut jamais espérer avoir l'esprit en vacance...) : l'affiche est arrivée. Une belle, jaune fluo "Maison à vendre". Ce n'était pas vraiment une surprise, mais j'espérais avoir la paix encore quelques mois. D'autant que pour trouver à se reloger, c'est galère.

J'épluche les annonces de maisons à louer depuis pas mal de temps. Les proprios, j'en ai rencontré de 2 types :
- Ceux qui jugent à la tête du client. Là, si tu n'arrives pas chez eux en BMW ou en Mercedes, t'as aucune chance.
- Ceux qui connaissent quelqu'un qui a accès à des informations d'ordre privé. Je ne sais pas comment c'est possible. A tous les coups, sans trop se forcer, ils tombent évidemment sur le jugement de faillite.

Alors moi, je joue avec eux la carte de la franchise; j'explique ma situation. Sans trop entrer dans les détails (par pudeur), mais en dédramatisant aussi. J'essaie de les persuader que le plus dur est derrière moi, que pour le loyer c'est ok, j'ai de quoi, je peux leur donner des garanties... Moi je ne sais pas; ça me rassurerait un candidat-locataire qui n'essaie pas de raconter de bobards. Mais apparemment, ça ne paie pas.

En attendant, une fois par semaine, je fais visiter ma maison. Et ça, c'est pas très bon pour le moral.

11:06 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

12/09/2003

Kafka pas mort

J'ai beau le savoir, je suis chaque fois épaté par la mauvaise foi de l'Administration. Un comble d'illogisme poussé dans ses derniers retranchements. A moins que ce soit au contraire la preuve d'un potentiel de créativité refoulé ?

A la Caisse sociale, ça a donné : dossier en suspens - motif : l'intéressé a peut-être droit à des allocations de chômage. Ah bon ? Première nouvelle ! Quatre personnes au moins m'avaient déjà confirmé auparavent que désolé mais non, pas de droit au chômage pour moi. Je suis renvoyé dans un cinquième service, qui bien sûr me confirme ce que je savais déjà. Et me voilà avec ma belle attestation pour relancer mon dossier.

Pas folle la guêpe, et pas question de se mouiller bien sûr. L'attestation dit : l'intéressé ne perçoit pas d'allocation de chômage - raison : pas de dossier en cours. Ben, c'est forcé, je vais pas entamer un dossier sachant qu'il sera refusé. Non, non, non : ça, ce n'est pas la preuve que je n'y ai pas droit, c'est simplement la preuve que je n'ai pas de dossier à l'Onem. A la Caisse sociale, ils sont spécialisés dans la législation des indépendants; c'est tout de même bizarre qu'ils remettent en question aussi facilement leurs propres compétences !

Retour à l'Onem, sixième service (on va bientôt arriver au dessert là, non ?). Réponse : aucune raison d'introduire un dossier puisque je n'y ai pas droit. Bon, écoutez, je vais parler lentement pour vous permettre de comprendre... Là, je tire une carte "chance" et je peux aller directement au service juridique sans repasser par la case départ. Ouf ! Quelqu'un qui comprend le sens de l'attestation dont j'ai besoin. Il faut un délai de 24 heures pour examiner mon dossier (ah bon? j'ai un dossier alors?). J'attends le lendemain et je le rappelle : "Désolé, monsieur, vous n'avez pas droit aux allocations de chômage"... Youpie ! Il a compris. Je crois qu'il a compris ? Oui ? Non ?

Avec tout ça, le mois est déjà bien entamé. Je recontacte le CPAS pour demander une nouvelle avance mensuelle. Pas question ! La Caisse sociale a répondu au CPAS que je pouvais peut-être prétendre à des allocations de chômage... Ils se sont tous donné le mot ou quoi ?

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11/09/2003

Blocus

Ce jour-là, j'ai réellement piqué une grooooosse colère. Ca ne m'arrive pas souvent, mais là... Bon, je m'étais déjà levé du pied gauche en m'apercevant que mon téléphone était coupé. C'est sûr, ça ne m'a pas aidé à être réellement réceptif.

Et paf ! voilà que j'apprends en plus que tout mon courrier est détourné chez le curateur !

C'est le KGB ou quoi ? Muselé, j'étais. Pieds et poings liés. Exilé de force. Zou ! En Sibérie !

09:52 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (51) |  Facebook |

10/09/2003

Le look, Coco, y a que ça qui compte

Les premières fois où je m'étais présenté au CPAS, j'avais soigné ma présentation. J'avais encore dans l'idée de retrouver très vite du boulot et je voulais donner de moi une image positive.

Cette fois, en fonction du calendrier des permanences, j'avais 2 jours de délai pour me préparer.

Et me voilà dans le bureau de mon assistante sociale : sale, hirsute, pas rasé, un jeans troué... J'avais même pris soin d'avoir l'haleine chargée; je m'étais efforcé à ne pas dormir assez et je parlais d'une voix traînante, hésitante.

Ma demande : acceptée du premier coup !

Il faut toujours soigner la présentation...

09:55 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Retour à la case départ

Alors finalement, voilà ce que l'avocat du CPAS a trouvé : le CPAS n'a aucune raison d'intervenir dans mon cas, vu que j'ai droit à une assurance sociale en cas de faillite. Ah bon ? Ca existe ça ? Je téléphone, je me renseigne et tout le monde me répond : oui, ça existe, et oui, j'y ai droit. Mais que diantre ne me le disiez-vous pas plus tôt ? Je pouvais pas deviner; et personne, jamais, n'a pensé à me dire d'introduire une demande.

Contact avec la Caisse sociale; un bête petit formulaire à remplir. Ce que je fait. Notons bien au passage que cette allocation est limitée à 6 mois maxi. Vous imaginez un employé qui perd son emploi à qui on annonce qu'il n'aura droit qu'à 6 mois de chômage, pas un de plus ? Ca provoquerait pas une révolution, ça ?

Deux précautions valent mieux qu'une : je téléphone au gars qui gère mon dossier. Tout est ok, reste à attendre la réponse.

— "et vous pensez que j'aurai la réponse dans quel délai ?"
— "vous devez compter 6 mois environ"
— "6 MOIS ???? Et je fais comment pendant ce temps ???"
— "Adressez-vous au CPAS de votre commune. Ils vous feront une avance..."

Dites, un jour, j'aimerais bien qu'on m'explique les règles du jeu. Ces allers-retours, ça devient lassant.

09:46 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/09/2003

Descente de faillite / deuxième... Moteurs... Action !

Et on a remis ça! Cette fois, à la clé : la maison, les meubles, la voiture... tout le tintouin. Cette fois, mon curateur n'est pas venu avec madame, mais avec son gamin. J'ai trouvé ça très très désobligeant. Un peu comme si un toubib invitait du monde dans son cabinet juste après vous avoir dit "déshabillez-vous".

En revanche, moi j'avais invité mon avocate. On apprend à hurler avec les loups.

Là aussi je pense qu'il a déchanté. En fait de mobilier, c'est plutôt dépareillé chez moi. Tout de la récup. Et l'électro-ménager n'est pas vraiment de dernière génération. On a pu négocier le rachat de nos meubles (via une copine qui sert de prête-nom) pour 250 euros. Du coup, avec les gosses, on s'est fait un p'tit resto après.

14:57 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

08/09/2003

...et y'en a qui disent "jamais deux sans trois". Aïe Aïe Aïe !

Pour une entreprise ou un indépendant, la loi prévoit la faillite. Pour un particulier il existe la "remédiation de dettes". Moi, comme j'avais aussi des dettes personnelles agravées du fait de ma responsabilité dans les dettes de ma société, le tribunal a accepté que j'entame les deux procédures. Ce qui normalement n'est pas du tout possible pour un indépendant.

Mais avec cette histoire de "société en commandite simple", je me suis retrouvé (sans le savoir) face à un vide juridique. Et bien sûr, j'ai pas pu m'empêcher de sauter dedans !

Pour la remédiation, on accepte que toutes les rentrées du ménage soient versées sur le compte d'un avocat. Celui-ci négocie un plan de remboursement avec les créanciers et de toute façon au bout de 5 ans on efface l'ardoise. Cinq ans à tenir et puis la paix royale. Ca me génait d'autant moins qu'on m'avait bien expliqué que l'avocat tenait compte des revenus nécessaires à la vie du ménage et qu'on ne resterait pas sans rien. Finalement, c'était la première fois que quelqu'un voulait bien m'accorder le minimum vital. Mon train de vie allait s'améliorer du coup, c'est sûr.

Mais : mon curateur est allé trouver dans la "doctrine" (c'est ainsi qu'on dit, hé oui) une théorie sur la responsabilité personnelle du gérant, assimilé dans mon cas à un indépendant sans l'être. Je devais donc logiquement re-déclarer faillite à titre personnel. Sans avoir de registre de commerce, c'est possible, ça? Réunion entre avocats, re-audience au Tribunal, retour aux greffes du tribunal de commerce pour re-déclarer faillite... personne n'avait l'air d'avoir les idées fort claires à mon sujet.

Le B-A-BA de la loi, c'est que "nul n'est sensé ignorer la loi"... Mais même pour des professionnels, je vous jure : c'est impossible de tout connaître. La preuve : grâce à moi, ils ont appris quelque chose.

Monsieur le greffier en chef (j'ai remarqué au passage que les ordis étaient toujours dans leurs boîtes) était bien embêté. C'était une première et mon cas risque de faire des émules. Si quelqu'un, un jour, veut donner mon nom à cette procédure, j'ai rien contre.

15:25 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Ah ben non, pas encore cette fois

C'est vrai que le ministère de la Justice manque de moyens. La salle d'audience dégage une atmosphère glauque, avec sa lumière blafarde et les murs défraîchis, jaunasses-pisseux. De quoi foutre le cafard à un bataillon de clowns en folie. Sur l'estrade, un imposant pupitre avec au moins une dizaine de fauteuils. Rien à voir avec l'idée d'un juge débonnaire siègeant seul. Ils vont être combien à prendre place là? Aux deux premiers rangs, les avocats. Et tout dans le fond, près de l'entrée, un banc contre le mur, rempli déjà par mes "collègues". Entre ces deux zones, une sorte de no man's land.

Je vais pas rester debout... Plus de place sur le banc; je m'installe sur une banquette du no man's land. Les dossiers sont très haut, ce qui fait que je suis plus ou moins caché. Ca me dérange un peu, parce que je voudrais que mon avocate remarque ma présence. Je me tiens droit comme un piquet, j'étire le cou pour gagner encore un centimètre au-dessus du dossier. Elle finit par me voir.

— "J'aurais dû vous prévenir. Ce n'était pas la peine de venir aujourd'hui."
— "Ah bon ?"
— "L'avocat de la partie adverse va demander un report d'audience, le temps d'étudier le dossier"
— "La semaine prochaine alors?"
— "Non, il faut compter 3 semaines - 1 mois."

Bouf ! Un mois de plus ! L'huissier annonce le début du show, alors je me dis que je vais rester un peu, voir comment ça se passe. On se lève tous pour accueillir "La Cour !". Un peu de cérémonial; tout le monde se tait à présent (en fait, il n'y avait que les avocats qui bavardaient, nous, on était très sages). Le Président est une Présidente. Pour discuter de problèmes sociaux, c'est pas plus mal je trouve.

En début de séance, on fait l'appel des présences. Comme en classe, sauf qu'ici on peut se faire remplacer, ça compte quand même. En entendant son nom, un bonhomme se lève et s'avance au milieu de la salle. S'arrête. Hésite. Il est 10 heures du matin, mais il semble déjà passablement chargé.

— "Vous approcherez lorsqu'on vous appellera, Monsieur."

Pas de réaction. Il doit se dire qu'on vient de l'appeler, justement. Un petit pas timide vers l'avant.

— "Huissier, voulez-vous expliquer à ce monsieur..."

Chaque fois qu'il comprend qu'on parle de lui : un pas en avant.

— "Non, écoutez, est-ce que quelqu'un pourrait lui expliquer... le reconduire... Il n'a pas l'air de comprendre ? Si ?"

Dans les yeux de la Présidente, il m'a semblé voir passer un vent de panique.

Arrivé à mon dossier, les avocats se sont approchés, ont sorties leurs agendas, se sont mis d'accord. "Eh bien voilà, la séance est reportée à..." Bon, ben, merci; bonne journée.

09:41 Écrit par Jean-Pierre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |